NON, MAIS JE REVE !… – 1- C’est quoi, ça ?

Ce titre ne changera pas, mais chacun des chapitres portera un sous-titre différent.

Le personnage central, on le devinera aisément, est le Président actuel de la République française.

C’est lors de ses rêves que nous le croiserons…intensément et ferons le point à l’occasion de trois actualisations publiées chaque mois.

A très, très bientôt !

Robert MICHEL, 3 janvier 2018.

nb – On retrouve les  nuits rêvées des deux précédents Présidents, toujours sur ce blog-site: riendetoutblog.wordpress.com

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Je rêve que …je bulle à Tulle! -40- Liquidation de stock.

J’errais dans les sous-sols de l’Elysée. Un décor de catacombes. Fébrile, crayon à bille en main j’ouvrais, signais et refermais précipitamment, piochant dans l’amoncellement de dossiers poussiéreux. Car il ne me restait que quelques minutes pour rattraper cinq années de retard cumulé. Et il ne devait pas être gravé dans le marbre de la grande Histoire que j’avais failli à mes promesses. Régulièrement, mon aide-soignante Marisol, en pleurs, épongeait mon front. Des gouttelettes de sueur accompagnaient parfois ma signature. Les successeurs sauront ainsi combien la tâche fut rude. L’imprimerie du Journal officiel a été prévenue: le prochain numéro allait peser des kilos, lourd de plusieurs centaines de décrets. Chacun des ministres tentait vainement de les justifier. En vain, le temps des explications  était dépassé.

Ainsi je signais l’annulation de la dotation de cinquante milliards d’euros à mes amis du patronat. Ils avaient trahi ma confiance, j’étais amer. Autre décret signé à la hâte, la fermeture immédiate de toutes les centrales nucléaires. Par ailleurs, la graduation des thermomètres ne devront plus dépasser la cote de vingt degrés. Ségolène insistait pour que je parafe ce décret climatique. D’Afrique et du Moyen-Orient, d’un trait de plume, je retirais mes mercenaires. Peace and love,entonnèrent mes deux Jean, Marc et Yves,  brandissant des crânes qu’ils avaient dégagés d’un amoncellement d’os humains. Toujours aussi fébrile, je signais l’interdiction du chômage sur l’ensemble du territoire et créais pour cela un corps de dix mille inspecteurs du travail. Les larmes de Marisol? Elle m’était reconnaissante d’avoir signé la création immédiate d’un million de lits en hôpital public et d’autant d’emplois sur l’ensemble de la grille médicale. Je signais, je signais…Un tapis roulant conduisait le flot de décrets vers les rotatives de l’imprimerie sans discontinuer. Un monstrueux chronomètre ne cessait de me narguer. Il me rappelait les nuits de marathons bruxellois quand il fallait absolument boucler tel ou tel  dossier. Ah! Bruxelles où je compte bien trouver un emploi de président à ma hauteur.

Un grondement sourd,les voûtes qui tremblent. Encore une attaque de Bachar! Celui-là, je dois me le faire dans les quelques minutes qu’ils me restent avant de rejoindre ma bulle à Tulle. Je suis à Taverny. Jean-Yves m’indique le bouton que je dois presser. La fusée ira directement se loger au palais présidentiel de Damas. Les communications avec l’extérieur sont coupées. Pas question de laisser mon ennemi Poutine  intervenir contre mon choix que j’offre à la grande cause humanitaire. Et tant pis pour lui si ma fusée fait coup double, selon le principe des effets collatéraux indépendants de notre  volonté. Avec élégance et diplomatie, mon dernier ministre de l’International, qui rentrait d’une partie de pêche nantaise, me fait remarquer que cet acte de guerre, selon la définition onusienne,  n’était pas dans le registre de mes promesses quinquennales. Nous tombons d’accord: s’agissant d’oeuvrer à la paix et au bonheur, je peux passer outre. Mon ultime porte-parole qui, pour prouver sa fidélité, a rasé sa belle chevelure, passe hâtivement en revue la liste des engagements souscrits lors de mon ascension sur le trône de la République. Et le clap de fin du film retentit. C’est Julie qui l’actionne plusieurs fois. On doit passer à table. Elle a été dressée sur les hauteurs de la capitale corrézienne d’où je contemple des siècles de légende terrienne que j’ai contribuée à façonner. Tout est en ordre. Je transmets les clés à Emmanuel qui est arrivé en poussette. C’est avec ce genre d’humour dont je suis privé, qu’il a pu me convaincre qu’il avait l’étoffe d’un véritable successeur.

Tout était donc pour le mieux, dans le moins mauvais des mondes. C’est ce que je croyais. Mais il y a ce coup de téléphone . C’est lui. Il est dans les locaux de L’Imprimerie nationale. Il m’annonce que  les ouvriers du Livre ont déclenché une grève sauvage. Les décrets ne seront donc pas publiés à temps au Journal officiel. Dois-je le  soupçonner d’être à l’origine du conflit et de bloquer par là des décisions qui lui déplaisent? Ce ne serait pas la première,  même si c’est la dernière fois qu’il me fait le coup. Un vrai gamin! Et je suis  ainsi tiré de mes rêves. Etait-ce la séquence ultime?…

Robert MICHEL, 11 mai 2017.

 

Je rêve que…je bulle à Tulle! -39- Enfin l’Europe.

Je suis heureux. Je coince la bulle, tranquille, serein, libéré. J’ai en main une grande poignée de muguet, recueilli sur les pentes du plateau de Millevaches, le long des rives ombragées et humides de la Vézère naissante. Je suis tout petit et vais offrir un gros bouquet à ma chère maman. Passe une péniche, lourdement chargée de bois. Elle remonte les canaux de France, jusqu’à Gardanne. La méga centrale biomasse dévoreuse attend sa nourriture afin de restituer un peu de courant électrique. J’ai tout prévu: Gardanne, c’est l’après Fessenheim. Des ouvriers qualifiés alsaciens vont ainsi venir se chauffer aux rudes rayons du soleil méditerranéen. J’étais jeune quand leurs pères et  grands-pères ont quitté la métallurgie de l’Est pour Fos où les attendaient les flammes hautes, dans le ciel des raffineurs de pétrole.

Ségolène, qui ne me quitte plus en cette fin de mandat,  voit grand. Elle va construire des barrages hydro-électriques sur les cours d’eau de la région : Corrèze, Creuse, Vézère et Vienne qui dégringolent en minces et torrentueux filets du plateau aux vaches. Déjà, les excavatrices et objets de chantier travaillent dur dans la pierre et le granit. Ségolène veut me confier la surveillance du futur vaste complexe de production d’électricité. Une très noble activité pour un retraité de mon niveau international. Avec mon fidèle labrador, les rondes de nuit, dans les exhalaisons limousines, seront un vrai bonheur. J’ai Emmanuel au téléphone. L’enfant prodigue, mon successeur, m’assure du remboursement de toutes les dépenses engagées. Ses amis banquiers ont su convaincre le FMI et la BCE de l’opportunité de cette relance de la croissance. Moi, j’y vois une manière de me rapprocher de la direction de l’Europe. Une direction que je  veux exercer selon les règles du bénévolat transparent.

Me voici entouré de tout ce que Bruxelles compte d’influences. Hommes au crâne rasé, femmes en péruque: tous et toutes ont un brin de muguet à la boutonnière. Ce sont ces brins que m’ont remis les jardiniers des Halles de Rungis lors de la traditionnelle fête du 1er mai. Je l’affirme haut et fort, je sauverai l’Europe de la catastrophe dans laquelle l’a plongé la Grande-Bretagne si ingrate. Moi qui ai fait tant de sacrifice pour celle Europe , à laquelle j’ai sacrifié mon peuple. Ce même peuple qui écoute aujourd’hui les sirènes venues des extrêmes. Ingratitude là encore, des peuples qui ne savent pas souffrir dans la grandeur. On se montre consensuel. Juncker lui-même accepte que je désosse son paradis fiscal luxembourgeois. Je le nomme dès maintenant, avec son consentement bien entendu, à l’entretien du Jardin du Luxembourg et des dépendances sénatoriales. C’est un good job, comme me l’assure Trump, de passage pour négocier les droits à l’image des barrages de Ségolène. Seule la mèche rouquine de sa chevelure émerge du fourgon blindé, dissimulé derrière sa garde prétorienne.

Alors que la nuit tombe, Jacques, porté sur une  chaise Louis XIV, m’annonce, à peine audible, que le repas est prêt. Il ne veut pas déroger à la tradition élyséenne. Ce sera donc la tête de veau persillée et la bière brune. Il m’assure que le veau provient bien du plateau et non pas de Pologne, comme le bruit court. Nous nous rendons en cortège jusqu’à la cave de son château. Julie, en embuscade ayant enfilé la robe d’une courtisane afin de passer inaperçue, filme les scènes orgiaques. Elle travaille pour la Grande mémoire et l’Histoire de France, notre Histoire d’ex-chef de l’Etat et nos petites histoires secrètes.  La demande émane des Monuments de France ainsi que du Musée Grévin. L’assistance s’esclaffe bruyamment lorsque, l’un après l’autre, surenchérissant, Jacques et moi narrons  les mille et une facéties qui ont émaillé nos mandats de puissants monarques républicains.

Suit la cérémonie de jumelage entre Tulle et Tombouctou. Une liaison régulière aérienne fonctionne déjà. Des familles nomades du Niger vont repeupler  les plateaux désertiques du Massif central.  A des milliers de kilomètres de distance, ensemble, deux grands villes vont créer la cité futuriste multiraciale. Repu, ainsi Enivré, je m’allonge voluptueusement dans mon hamac. Mais, manque d’habitude, je bascule sur le sol de granit. C’est naturellement suffisant pour me tirer du sommeil. Et constater que tout est tranquille dans ma garçonnière…Ma Lanterne pour quelque jours encore, certes !…

Robert MICHEL, 1er mai 2017.

Je rêve que…De retour à Ithaque! -38- Bulle àTulle.

J’étais sur le parvis de mon nouvel Elysée corrézien. D’une minute à l’autre, les déménageurs  allaient me livrer  les doux souvenirs de La Lanterne. J’allais reconstituer ce que fut la chambre à coucher de la garçonnière versaillaise. Emmanuel, nouveau président, mon fils héritier- spirituel, ne fera pas obstacle à ce détournement du bien public. Je l’assurai en contre-partie que la visite de la chambre sera ouverte aux touristes lettrés. Julie et Ségolène observaient, amusées, cette scène marquant le retour en mon royaume d’Ithaque. Elles reprenaient, à tour de rôle, y mêlant des fous rires, les versets d’ « Ulysse », version parodique de l’Odyssée de James Joyce. Je remarquais qu’elles évitaient d’évoquer l’épouse Pénélope. Solidarité féministe sans doute!

Le doute soudain s’empara de moi. Combien de temps encore Julie serait capable de m’attendre? Devais-je lui faire une offre de mariage, comme j’avais su faire une offre financière généreuse au MEDEF, alors que ma vie avec Ségolène fut celle de l’ union libre révolutionnaire? La longue et éprouvante bataille du « Mariage pour tous » m’aurait ainsi converti aux nécessités d’un passage devant l’officier de l’Etat civil ? Je devais sans plus tarder, consulter père et mère sur cet épineux imbroglio. J’entendis alors le concert de protestations de mes enfants qui prenaient un ultime bain à La Lanterne. On criait trahison! Ou, pire: pauvre vieux, le voilà sénile! On me tendit un miroir dans lequel je ne me reconnus pas. On l’avait choisi déformant bien sûr, pour hâter mon désarroi. Allais-je être gagné par la panique? La belle sérénité qui avait déclenché l’admiration du monde entier allait me fuir, comme s’il s’agissait d’un attribut que seul les souverains en exercice reçoive. Je n’en revenais pas. Quand soudain apparut celui que je ne désirais pas voir se mêler de ma vie intime. Jean Luc, qui venait d’être battu par mon Emmanuel, exhiba son « phi » électoraliste. Il se déclara prêt, dans l’attente de la formation de son gouvernement de cohabitation, à m’épauler en sagesse et humilité. Humilité certes, mais c’est non! à cette proposition humiliante et vengeresse.

Allongé sur un rocking-chair de l’osier d’ici, je méditais tristement sur ce qui resterait un grand échec. Echec, parce que moi, chef de guerre, je n’avais pas offert au monde la tête de Bachar. Je pouvais le faire, voici quatre ans, à peine installé alors. Je vois maintenant l’oeil narquois et méprisant d’un Trump qui n’attendit, lui, de personne l’ordre de tirer sur Damas. Tous mes grands voisins ont inscrit, qui un Hussein, un Ben Laden. Qui un Khadafi, un Gbagbo ,survivant miraculeux, au-dessus de leur cheminée. J’ai bien quelques seconds couteaux, Africains du Sahel, dans mon escarcelle. Mais c’est trop peu. Il y a quelques semaines, j’aurais pu anéantir Bachar. La précipitation désordonnée de la CIA a bloqué mon initiative. Car alors, il me fallait aussi surprendre mon ennemi Poutine sur ses gardes, qui veille autour de Damas. Au creux de mon tourment, une voix s’élève: mais pour qui te prends-tu? Tu n’a pas la carrure pour mener à bien une telle mission qui risque d’ajouter volontairement du chaos au chaos. Cette voix, je ne la reconnais pas… Elle brûle comme l’Enfer. Mais il me reste mon fidèle Le Drian. Je l’ai installé aux côtés d’Emmanuel. Il y sera mon porte-voix. Le moment venu, où que je sois, l’ordre sera donné d’en finir avec Bachar. J’entends bien les protestations, de Poutine à Rohanni, en passant diplomatiquement par Erdogan. Sur twitter, Trump dira laconiquement qu’il s’est agi d’une belle prise.

Que faire, d’ici là ? Entretenir les chrysanthèmes, mission marginale dont se sentait menacé De Gaulle, au temps de la IVème République? Je peux le faire, si cela contribue à me rendre à nouveau serein. Julie aime les fleurs et veut en recouvrir tous les films qu’elle produira, avec moi au centre. Me voici donc humblement échangeant avec les ouvriers de l’automobile, de l’informatique, de l’alimentation et tant et tant.  Faire le bien par un amoncellement de compromis singuliers, de  promesses raisonnables, avec les « forces du travail », comme le claironnent les Marxistes. Voyages au coeur de l’entreprise de mon patronat en qui j’ai placé mon indéfectible confiance. Faire, faire…afin de réduire les conflits, les affrontements, les grèves et les autres paralysies apportées à mon ambition réformatrice. Mais je ne voyagerai pas au bout de la nuit célinienne.

On frappe à  la porte de ma cabane de bambou. C’est Jacques le Corrézien en tenue tahitienne. Il m’invite pour la bière fraîche et la tête de veau persillée. Surpris, mon Labrador hurle et me réveille. Sur l’ardoise de granit qui me surveille, suspendue au-dessus de ma natte, je coche un bâton: -20 au jus. Aïe!

Robert MICHEL, 21 avril 2017.

Je rêve que…je vais au Paradis! -37- Las mais encore bien là.

Mon hélicoptère tournoyait au-dessus du palais présidentiel à Damas. A intervalles réguliers,me penchant vers l’extérieur, je brandissais tantôt un doigt, tantôt un bras d’honneur. Bachar me fit savoir qu’il trouvait cela idiot. Mais que pouvais-je faire d’autre? Par téléphone, mon nouvel ami américain répétait qu’il avait la destinée entre ces mains. Il multipliait les préparatifs pour une invasion de la Syrie. Aussi, me conseillait-il fraternellement de m’éloigner d’ici. Mais mon artificier avait lourdement armé l’hélico. Des roquettes au phosphore sommeillaient sous la cabine. Je voulais montrer à Bachar que je pouvais faire comme lui, afin qu’il comprenne quel grand criminel il était.

J’acceptais tous les risques de l’opération, y compris un vote de condamnation à l’ONU. A  quatre semaines du terme de mon mandat, je devais donner l’illusion que la France existe encore! Mourir héroïquement. Véritable kamikaze laïc, inscrirait-on sur mon tombeau de granit corrézien. Intrépide, je ne craignais plus mon ennemi Poutine, à l’abri de ses navires de guerre à Tartous et qui me narguait impunément. Très excité, Le Foll exhiba le sondage, lorsque le peuple eut connaissance de ces faits. J’atteignais des sommets de popularité. Je pouvais donc être candidat à ma propre succession et élu à titre posthume. Le scénario était grisant. L’euphorie gagna la cabine de pilotage et l’on vécu un triple loopings. Mon estomac en fut retourné et je vomis abondamment. Ségolène m’avait pourtant mis en garde depuis fort longtemps contre les excès de nourritures. Tête en bas, rasant des immeubles en feu, j’aperçus Bachar   tendant vers moi un poing vengeur.

Amerrissant à Istanbul grâce à cet hydroglisseur atypique, un produit original que je lançais sur le marché mondial des armes, je me mêlais à la foule des citoyens turcs qui s’apprêtaient à plébisciter Erdogan. La longue file indienne devait me mener jusqu’à lui. Ne voulant pas être tenu à l’écart, j’avais concocté avec mon amie Angela un message. Elle m’en avait dicté les termes qu’à la hâte, j’avais copiés au dos d’un tract ramassé dans la rue. Ainsi, messager du compromis pacifique – mon guide en tout lieu –  je devais accomplir le geste que l’Histoire, bien après moi, retiendra. En effet, je ne devais pas laisser  Mélenchon, courant toujours après une revanche hypothétique, s’octroyer le monopole de l’ode à la paix. Je pouvais d’ailleurs le lui rappeler, par un saut rapide jusqu’au Vieux port marseillais.

Le mauvais temps en Méditerranée fut dissuasif . Trudeau, le Canadien, rappela combien il était difficile de traverser l’Atlantique. C’est ainsi que nous nous retrouvons afin d’honorer le sacrifice de ses concitoyens sur la crête de Vimy en 1917. Sous un déluge de feu nous avançons, centimètre après centimètre, vers le sommet. Cazeneuve, chronomètre en main, nous prodigue ses encouragements. Il tenait absolument à me rendre cet ultime service. Au sommet, nous plantons le tout  nouveau drapeau de l’OTAN fabriqué par le couturier Saint-Laurent.

Maintenant, c’est le Rafale de l’OTAN qui me dépose à Tombouctou. Enfin les grands espaces désertiques et apaisants. Tout est bien place, dans ce Musée du Monde arabe parisien. Nous venions de Zanzibar, caravanier parmi les caravaniers, afin d’inaugurer une grande civilisation. Par l’entreprise coloniale, nous l’avions fait nôtre, afin de mieux lui substituer nos propres valeurs universelles. Mes camarades socio-démocrates de la IIIème République avaient agi ainsi, derrière la croix des évangélisateurs et le fusils de nos mercenaires. Je ne dis pas que c’était bien, pas plus que c’était mal…

Tombouctou, ma cabane au fond des bois de la forêt verte au-dessus de Rouen. Je vais y préparer ma retraite, sorte de résidence secondaire. Un Falcone me conduira d’ici à Tulle, quartier du Paradis où je me cherche une maison bourgeoise. Obama sera là, lors de  la crémaillère,  lui qui  m’honore en passant des vacances de milliardaire en Polynésie française. Mais on me dit soudain de n’en rien faire, pour éviter de le mettre mal à l’aise. Trop tard, il est là, souriant d’un grand « Héllo! »La  surprise , à son paroxysme, me tira alors du sommeil , de ce lit à La Lanterne qui très bientôt, m’abandonnera.

Robert MICHEL , 11 avril 2017.

Je rêve que…je vais au Paradis! -36- Caracal,A400M,Rafale etc.

J’ai du temps devant moi pour un rendez-vous avec Tesson et Lacarrière à Ussel. Je savais, par mon cabinet noir, que ces deux marcheurs s’y croiseraient lors de leur traversée du pays. J’avais choisi un piton, bien en vue, au carrefour stratégique des chemins de grande randonnée. Ussel à mes pieds. Contemplatif et serein, j’étais toutefois agacé par le regard perçant de l’aigle de granit de la place Voltaire. Mes deux invités ne tardèrent pas à engager une vive polémique, une fois débarrassés de leur harnais d’escaladeur. Tesson prétend que son sac à dos ainsi que ses rangers sont d’un confort supérieur à ceux de Lacarrière. Avec le souci d’apaiser la polémique, je tente le compromis impossible comme je le fais depuis cinq années. Par une subtile diversion, j’évoque les Rêveries du promeneur solitaire, de mon maître Jean-Jacques. Mal m’en prit, mes deux compagnons étaient d’avis contraire sur le concept de solitude solitaire. C’était la guerre ouverte.

Heureusement, depuis toutes ces années, la planète avait appris que j’était un grand chef de guerre. Un pourvoyeur mondial d’armes d’une redoutable efficacité. Dans mon catalogue bien garni, que j’exhibe alors pour calmer les deux marcheurs se réclamant du pacifisme: sous-marins, navires, avions, hélicoptères, chars, mortiers, flashballs et grenades. J’entends depuis Carmaux, les rugissements de Jaurès. Il s’indigne, lui assassiné à cause de son pacifisme, de mes engagements guerriers qu’il assimile à de l’addiction. Je le renvoyais sèchement mais non sans humour, à ses écrits dans la Petite République que j’avais appris par coeur à l’ENA: « Oui, réalistes mais à condition de saisir toute la réalité et d’en recueillir les suggestions audacieuses ». La guerre était la réalité et il m’avait fallu, coûte que coûte, faire face dans un grand dévouement humanitaire. Jaurès devait m’entendre dès maintenant car les occasions d’agir sur les champs de guerre vont se faire rares. J’avais d’ailleurs reçu l’onction papale, tant du Vatican que de l’OTAN. C’était lors de l’anniversaire romain de l’Union européenne. Si l’on écoutait Mélenchon, ayant atteint la soixantaine, cette doit partir à la retraite. Elle doit dégager.

De retour de Malaisie,bardé de promesses d’achat militaires multiformes, bientôt libre, je pourrai briguer le secrétariat général de cette OTAN où brille à nouveau l’image d’un pays vaillant, digne de Vercingétorix et de De Gaulle. Je prendrais la place des trumpistes américains, trop soucieux de s’accommoder avec mon grand ennemi Poutine. Je comblerais aussi le vide laissé par ces inconséquents, ces irresponsables britanniques brexitiens. Je sentais Macron, fils prodigue souhaitant s’installer sur mon cadavre, une prétention peu sympathique, s’énerver de me voir conserver un oeil sur son destin depuis Bruxelles. J’avais délégué Le Drian à ses côtés, justement pour cela. Ainsi revisiterai-je l’histoire de France, depuis quelque exil doré de Corrèze ou de Tombouctou où m’attendent les amis africains. Les marcheurs du monde entiers y seront les bienvenus, y compris mes invités d’Ussel qui avaient disparu. Mon grand ami Ouattara, que j’intégrerais dans l’OTAN, supervisera les soubresauts et les convulsions africaines, tribales ou nationalistes. Tout ce qui, sur ce continent, s’oppose ou s’opposera à l’harmonie du grand marché planétaire, à la concurrence libre et non faussée. Une stratégie, dont j’ai inauguré le cycle en remettant à mes managers capitalistes nationaux des dizaines de milliards d’euros et dont ils disposent en toute liberté. J’ai fait confiance. Mélenchon ricane doucement dans mon dos: tu t’es fait baisé et tu nous a baisé! Je lui rétorque que mon action s’inscrit toujours dans l’esprit des Lumières qui, depuis trois siècles, éclairent la vie d’un peuple savamment dirigé par ses élites bourgeoises.

Je ne l’attendais surtout pas en ce moment. Mais elle surgit, brandissant Le mythe national. C’est son oeuvre,  un ouvrage historico-scientifique de dénonciation du mythe, publié il y a quelques années et réédité. Suzanne Citron décortique et met à plat les pulsions conservatrices propageant l’idée d’un roman national en continuité, fluidifié. Une continuité, où les éléments s’appellent, se confortent de siècle en siècle. J’ai l’ouvrage. J’aurai le temps d’y répondre, solidement arrimé aux certitudes de ma laïcité pragmatique et de mon penchant agnostique. Ne pas confondre croire et savoir, comme dirait l’historien Arambourou. Dévalant imprudemment la pente escarpé du piton, je fis une chute et me tordis la cheville. La douleur troubla mon sommeil. Je m’éveillais alors, l’esprit comblé de trouble.

Robert MICHEL, 31 mars 2017.

Je rêve que…je vais au Paradis! -35- Fainéanter et bambocher.

« Mon papa, à l’aide! ». J’identifiais mal cette tête, tantôt immergée, tantôt jaillissant du flot pour capter une bouffée d’air. Mais le cri enroué, c’était bien celui d’Emmanuel. Ainsi, il me prenait pour son père. Brigitte, son épouse, qui se comportait très maternellement, se vit interpellée par Ségolène. Celle-ci n’admettait pas le procès en paternité qui m’était fait. Ce à quoi répondit Brigitte , lui reprochant de n’avoir pas été très vigilante concernant mes virées amoureuses nocturnes. On était en plein vaudeville. Ainsi, lors de mes incartades, j’aurais fabriqué du Macron. Le devoir me contraignait donc a ne pas intervenir et laisser le malheureux sombrer, noyé. On aurait pu en effet m’accuser de conflit d’intérêt familial, de sauver l’homme pour lui signer un contrat fictif. Je me sentais déjà traduit devant le tribunal monstrueux présidé par Fillon et Le Pen.

Trop c’est trop! Réfugié sur mes terres corréziennes. J’étais sur la rive de la rivière en crue. Muni d’une longue perche terminée par un crochet, je tirais Emmanuel vers la plage inondée. Je le tirais donc d’affaire dans la plus grande discrétion, aux confins de la clandestinité historique. Car par ce geste, je le prédisposais à s’installer à ma place, m’y succédant sur le trône de notre monarchie républicaine. Mon forfait légalement accompli, il me devenait facile d’obtenir l’acquittement devant la cour d’appel présidé par le chef des patrons. Il était rassuré: Emmanuel poursuivra, voire amplifiera la politique économique de l’offre, que j’ai mise en place. Depuis mon lieu de retraite, où que ce soit, je veillerais à la sacralisation de cette grande oeuvre que j’ai permise: la transformation du Code du travail en Code du capital.

Jean-Luc, qui ne cesse de m’observer narquois, me tend une brochure que le temps à jaunie. Je lis: c’est un pamphlet écrit voici un siècle et demi, par Marx. Il s’agit de « La guerre civile en France ». Marx analyse et théorise  autour de la tragédie de la Commune de Paris. La guerre civile est-elle à nos portes parce que j’ai confié tout le pouvoir aux patrons, à mes chers entrepreneurs? Parce que j’ai guerroyé sur le sol africain et islamiste, où d’antan j’avais mes colonies? Je conseille à Mélenchon, comme à moi-même, plutôt que m’agresser, de suivre les recommandations de Paul Lafargue,  inventeur du droit à la paresse. Il pourrait d’ailleurs l’intégrer dans sa nouvelle constitution!  Ce Lafargue que je dois maintenant disposer sur ma table de nuit. Il a écrit des choses étonnantes: il faut que le prolétariat se contraigne à ne travailler que trois heures par jour. Car c’est une étrange folie, son amour du travail, cette passion moribonde du travail. Enfin, l’humour était de retour dans mon isoloir élyséen et je devenais à nouveau, un président normal.

Courage, fuyons! je vole, aux côté du pilote Le Drian vers l’Asie, la Malaisie où son roi nous attend. Je vais lui livrer un pack de Rafale. Ainsi on verra que je suis, avec mon ministre, le plus efficace vendeur d’armes de la planète. Ces avions de combat lui permettront de lutter efficacement contre les terroristes. Car on est en terre islamiste, et j’ai acquis un grand savoir-faire dans ce domaine de la guerre. Soudain, Julie au téléphone. Elle veut me rejoindre à la plage, où nous signerions alors le livre d’or de notre union. Je rêvais depuis plusieurs mois de cet épisode exotique dans le cours achevé d’un quinquennat lourd. Elle m’annonce que la duchesse de Cambridge, que j’avais reçue avec amour, sera sa dame d’honneur. Une provocation digne de tous les couples avertis! Du tac au tac, le lui annonce que le vieux Chirac sera de la partie en qualité de mon garçon d’honneur. Au moins trois jours de fête sur le plateau de Mille vaches. Ainsi que le conseille Lafargue, nous y pratiquerons alors fainéantise et bamboche, le reste de la journée et de la nuit. En épousant, j’étais en symbiose avec ces couples de même sexe dont j’avais fait triompher la cause, après une âpre bataille. C’est comme cela que je m’éveillais, très ragaillardi et bondissais hors de mon hamac malaisien.

Robert MICHEL, 21 mars 2017.